Vue d’artiste de l’interaction étudiée par ALICE, entre l’hypéron le plus rare, l’hypéron Omega (Ω) (à gauche), contenant trois quarks étranges, et un proton (à droite)©CERN

Dans un article publié le 9 décembre dans la revue Nature, la collaboration ALICE décrit une technique qui ouvre la voie à des études de haute précision auprès du LHC sur la dynamique de la force forte liant les hadrons entre eux. Cette mesure inédite est utile pour de nombreux domaines de physique et astrophysique nucléaire, et pourrait notamment permettre de mieux comprendre les conditions de stabilité des étoiles à neutrons.

« Ils utilisent une technique d’interférométrie1 appelée “femtoscopie” qui permet de mesurer la taille “effective” de la région d’interaction en mesurant les corrélations d’impulsions entre les particules émises, » explique Boris Hippolyte, enseignant-chercheur à l’IPHC (Strasbourg) et responsable ALICE à l’IN2P3. « Le point novateur a été d’inverser cette méthode : lors des collisions proton-proton au LHC, on connaît déjà la “taille” de la collision grâce à d’autres interactions : elle est de l’ordre du femtomètre (10-15 m). On peut donc en déduire le potentiel d’interaction entre hypérons et protons en mesurant les corrélations d’impulsion, » poursuit le chercheur.

L’étude publiée par ALICE permet de préciser l’interaction entre les protons et les hypérons Ω (constitués de trois quarks étranges) et entre les protons et les hypérons Ξ (2 quarks étranges, un quark down). Ces interactions sont décrites et prédites par la chromodynamique quantique, la théorie de l’interaction forte très difficilement résolvable analytiquement mais modélisable avec une grande précision grâce à des supercalculateurs, lorsque les particules étudiées sont suffisamment lourdes (ce qui est le cas pour les hadrons étranges). Le résultat obtenu par ALICE montre une précision comparable avec les simulations numériques de pointe effectuées avec des supercalculateurs, ce qui en fait une méthode fiable pour des analyses concernant d’autres types d’interactions impliquant des hypérons ou des hadrons charmés dès le redémarrage du LHC en 2022. « La remarquable capacité du détecteur ALICE à identifier et mesurer les impulsion des hadrons étranges et charmés et l’ingéniosité de cette analyse font de cette nouvelle méthode une base d’évaluation solide pour les travaux théoriques ultérieurs, » ajoute Cvetan Cheshkov, chercheur à l’IP2I (Lyon) et coordinateur adjoint de la physique dans ALICE.

Ceci pourrait permettre de comprendre le comportement de la matière nucléaire à haute densité, ce qui sera pertinent aussi bien pour la compréhension de la stabilité des étoiles à neutrons, de la fusion d’étoiles à neutrons ou des collisions d’ions lourds à plus basse énergie.

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Contact

Cvetan Cheshkov, Chercheur CNRS à l’IP2I (Lyon) c.cheshkov@ip2i.in2p3.fr